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Thérapies analytiques du couple et co-thérapie
Psychothérapie psychanalytique du couple et co-thérapie

Robert DUBANCHET et Karine BELLET

Historiquement le cadre psychanalytique des thérapies verbales du couple est né dans les années 70. Il a été défini par André Ruffiot et fait suite aux travaux des auteurs systémiques des années 60 sur la famille et le couple, notamment ceux de Grégory Bateson concernant les paradoxes et ceux de Jean-Georges Lemaire. En 1984 paraît «La thérapie psychanalytique du couple» d'André Ruffiot et Alberto Eiguer. Ces recherches vont s'enrichir dans les années 80-90 sous l'impulsion de Simone Decobert et ses collaborateurs et de Jean-Pierre Caillot et Gérard Decherf.
C’est à partir de «Totem et Tabou» et de «Psychologie des foules et analyse du moi», de S. Freud, qu’une idée essentielle émerge : les phénomènes d'indifférenciation sont à l'origine d'un corps commun imaginaire du couple et d'une psyché commune. Didier Anzieu reprendra ces concepts en 1986, soulignant qu'un des fantasmes de base du couple est qu'il possède une peau commune, un corps commun et une psyché commune.
Nous rappelons que le choix du partenaire sexuel dans le couple se fait selon deux possibilités, parfois intriquées : le choix d'objet est narcissique - c'est «un type de choix d'objet qui s'opère sur le modèle de la relation du sujet à sa propre personne» (J. Laplanche et J.-B. Pontalis) et/ou par étayage - c'est «un type de choix d'objet où l'objet d'amour est élu sur le modèle des figures parentales en tant qu'elles assurent à l'enfant nourriture, soins et protection » (J. Laplanche et J.-B. Pontalis) (S. Freud Pour introduire le narcissisme, 1914).
Nous utilisons un dispositif dit de co-thérapie, c’est-à-dire un couple consultant et deux thérapeutes (homme/femme). Il offre divers avantages : il représente une forme assez primitive d’équilibre des forces en présence, il fournit au couple un support de projection, réactivant des processus psychiques, entre autres identificatoires et autorise des modalités transférentielles diffusées sur les deux thérapeutes. La règle de non-omission, spécifique de la situation psychanalytique individuelle est remplacée par une invitation à parler librement.

Ces thérapies visent à rétablir la communication à l’intérieur du couple, à favoriser la figuration et la mise en fantasme au détriment de l’agir, à interpréter les transferts dans une perspective groupale. Elles tendent à permettre aux partenaires du couple de mieux vivre ensemble ou bien de se séparer.

Les premiers entretiens permettent d’explorer le champ de la vie conjointe, de repérer les types de personnalité, leur capacité de mise en mots et de « penser », de préciser leurs attentes et de percevoir leur capacité d'insight. Ils permettent également l'investissement de chacun des thérapeutes, ainsi que l’évaluation et la pertinence du dispositif à proposer et d’en fixer les objectifs et les modalités.

Ce dispositif, par l’aspect groupal qu’il représente, suscite une mise en travail importante d’éléments archaïques des deux sujets. Ces éléments-là, parfois générateurs de violence, sont contenus, amortis par la fonction « pare-excitative » du cadre et par la capacité des thérapeutes à absorber, "tels des édredons", les éléments non-métabolisés qui sont, par la répétition et la mise en scène, projetés parfois violemment dans l'espace thérapeutique.

Et c'est à partir de ce décentrage et de cette absorption, que le couple va expérimenter et entrevoir un espace de pensée et de mise en mots susceptibles d'atténuer l'aspect violent de leurs relations. Ils vont dans la meilleure des hypothèses "s'entendre", se dégageant par là même de l’omnipotence narcissique qui les en empêchait.

Ceci vise à procurer un espace transitionnel interne à un sujet qui en est mal ou peu pourvu en aménageant les capacités fonctionnelles de son préconscient et à lui permettre de confronter de façon mesurée ses pensées à ses positions et désirs non-conscients.

Va se dévoiler l’extrême intrication de processus psychiques par lesquels chaque partenaire, au-delà de leur conscience, se sert de l’autre comme moyen d’assurer son propre équilibre. Les processus névrotiques liés à la relation conjugale vont se réactiver, d’une manière un peu comparable à la névrose de transfert, qui fait revivre en séance les processus névrotiques couramment agis à l’extérieur. Dans les relations de couple pathologique, du fait de la massivité des identifications narcissiques adhésives ou projectives, du fait parfois des engrènements pervers, l’espace intermédiaire fantasmatique transitionnel disparaît au profit d' agirs et de confusion.

Les thérapies du couple vont avoir deux fonctions : l’une concernant le couple lui-même et la relation entre partenaires ; l’autre concernant chaque sujet, qui peut avoir besoin d’une aide psychothérapeutique personnelle, qu’il conviendra de soutenir et d’orienter sur l’extérieur. L’entretien conjoint peut également apporter des bénéfices notables dans le cas de couple résolus à se séparer, mais toutefois désireux de parvenir à un accord ou à un arrangement, notamment lorsque les circonstances leur imposent la prolongation de relations par ailleurs redoutées : par exemple lorsque l’existence d’enfants exige un minimum de relations. Notons cependant que la complexité des processus et leurs engrenages limite l’ambition thérapeutique et nous rappelle la première des règles : « primum non nocere ».

Robert DUBANCHET, Psychanalyste
Membre de l'Institut d'Accompagnement Psychologique Post-traumatique de Paris
Chargé de cours en Sexologie Médicale et en Addictologie à l'Université Lyon1

Karine BELLET, Psychologue Clinicienne option somatique
Diplômée de l'Université Lumière Lyon2

11, rue du bœuf
69005 – LYON

Bibliographie

D. ANZIEU : «Créer, détruire», Dunod, Paris, 1996
J.-G. LEMAIRE : «Les thérapies du couple», Payot, Paris, 1971
A. RUFFIOT : «La thérapie familiale psychanalytique», Dunod, Paris, 1981
A. EIGUER : «Clinique psychanalytique du couple», Dunod, Paris, 1998
S. FREUD : «Totem et tabou», 1912. «Pour introduire le narcissisme»,
1914. «Psychologie des masses et analyse du moi», 1921
J.-P. CAILLOT et G. DECHERF : «Thérapie familiale psychanalytique et paradoxalité», Clancier - Guenaud, Paris, 1982
J. LAPLANCHE et J.-B. PONTALIS, « Vocabulaire de la psychanalyse », Paris, PUF, 1967

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