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La Sexualité : un modèle complexe
La Sexualité, un modèle complexe *

Robert DUBANCHET
Psychanalyste, Lyon
Membre de l’Institut d’Accompagnement Psychologique Post-traumatique de Paris (IAPR)
Chargé de cours en Sexologie Médicale et en Addictologie à l’Université Lyon 1
Expert Psychologue auprès des Tribunaux de Lyon et sa Région

Rappelons tout d'abord la définition de la santé sexuelle de l’Organisation Mondiale de la Santé (1975) : « La santé sexuelle est l’intégration des aspects somatiques, affectifs, intellectuels et sociaux de l’être sexué de façon à parvenir à un enrichissement et un épanouissement de la personnalité humaine, de la communication et de l’amour ». Cette définition, de part les champs qu'elle recouvre, est particulièrement complexe. Elle a le mérite d'exister et de faire apparaître sous l’angle de la santé une activité humaine fondamentale, la sexualité. Cette dernière apparaît avec l’évolution du vivant, l’homme n’y échappe pas.
L’acte fondateur de la sexologie moderne a certainement été la reconnaissance du concept de « santé sexuelle » par l’OMS. La sexologie est une science humaine par excellence et une “ transdiscipline ” au sens donné par Philippe BRENOT dans son “Que sais-je”? (1994). En référence au sexuel freudien, la sexologie tente d’être “une” dans sa définition mais est irrémédiablement “multiple” dans ses expressions cliniques et thérapeutiques, c’est ce qui fait la difficulté de son identité, avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour les professionnels de la santé qui souhaitent en faire leur référence identitaire. La sexologie peut être un complément à une formation initiale, mais peut également être utilisé pour promouvoir un nouveau statut professionnel, proposant une affirmation identitaire de sexologue, quelque soit la formation de base.
La sexualité, ou plutôt, les sexualités humaines, vont mettre en jeu et mobiliser plusieurs registres : le corps, le somatique, la vie psychique, le mental, mais aussi le contexte. Le contexte fait appel au culturel, au social, au familial, au religieux, à l'environnemental et au politique. Contexte partie prenante donc, des sexualités, d'une société donnée, à un moment donné. L'anthropologique sexuelle nous montre combien les règles morales concernant la sexualité sont diverses de par le monde mais combien aussi elles sont toujours présentes car la sexualité « débridée » est toujours considérée comme une force subversive que la société doit réguler. N'oublions pas que la civilisation est construite sur la répression des pulsions et sur le renoncement (S. Freud). La sexualité a une fonction “civilisatrice” en tant qu’elle est liée à l’interdit, fonction structurante pour le psychisme aussi bien que pour le devenir des cultures.
La pulsion est un "concept limite" entre le somatique et le psychique. C’est un montage théorique qui utilise la notion de "représentation". Ceci suppose que la pulsionnalité est ce mouvement de notre esprit qui consiste à représenter, mandater, traduire, déléguer le somatique dans le psychique et qui se constitue du fait même de cette opération. Ces représentations « de choses », pourvues d’un quantum d’affect, sont alors soumises au refoulement et plus ou moins capables d’être rejointes par des représentations “de mots” et alors exprimées par le langage.
L’inhibition est un processus actif de diminution ou de suspension d’une fonction. C’est en 1926, dans « Inhibition, symptôme et angoisse », que Freud propose sa conception psychodynamique de l’inhibition. Elle exprime la « limitation fonctionnelle du Moi ». Il en souligne les liens avec l’angoisse et les stratégies inconscientes de refoulement. Dans le cadre de la sexualité, l’inhibition exprime un conflit lié à l’interdiction surmoïque de voir s’exprimer ou réaliser des pulsions inconscientes de source sexuelle. L’inhibition est donc essentiellement une limitation fonctionnelle du Moi avec ses implications somatiques (troubles de l’érection, troubles du désir, vaginisme, etc…).
Le refoulement est l’opération par laquelle le sujet cherche à repousser ou à maintenir hors du champ de sa conscience des représentations (pensées, images, souvenirs imprévus) liés à la pulsion. Ce mécanisme porte sur les représentations pulsionnelles, dont la montée à la conscience, si elles peuvent être source de plaisir, risque de provoquer du déplaisir en regard d’autres exigences (généralement surmoïques). Le processus de refoulement, fondateur de l’inconscient, détermine les comportements du sujet, qu’il soit névrotique (un certain aménagement est espéré par l’actualisation imaginaire du conflit), psychotique (il n’y a pas de refoulement, mais forclusion de la loi) ou pervers (il y a transgression de la loi).

La pulsion sexuelle non satisfaite aboutit à un ensemble de réactions complexes appelé frustration. Plusieurs aménagements psychiques peuvent alors se mettre en place : déplacement, sublimation, régression, projection, compensation. Cependant la réaction humaine la plus commune à la frustration est l’agressivité
N'oublions pas que nous ne sommes que des enfants qui avons grandi. Le petit garçon et la petite fille ne naissent pas « vierges ». Ils sont porteurs d’une histoire parentale, sexuée et sexuelle. Le développement psycho-sexuel infantile, le primat du refoulement, la dualité pulsionnelle et la thématique oedipienne, armature de la construction de la personnalité de chacun, ainsi que les notions de structures : psychoses, névroses, perversions et états-limites, sont des concepts fondamentaux pour saisir la lente évolution de toute structuration de la sexualité humaine.
Il nous reste un mot à dire concernant ces entités un peu particulières que sont les fantasmes originaires. Ils s’agit de scénarios imaginaires qui ont pour caractéristiques de se retrouver avec une extrême fréquence, sous un aspect quasi stéréotypé, et de chercher à répondre aux grandes énigmes contre lesquelles butte l’enfant. Ils ont essentiellement pour thèmes: la procréation, la scène du coït des parents (dite scène primitive), la séduction de l’enfant par un adulte et enfin la castration. Remarquons que ces trois thèmes veulent apporter une réponse aux problèmes des origines : origine de l’individu, origine de la sexualité, origine de la différenciation sexuelle.
Nous distinguons l’éthique qui recouvre la réflexion morale sur les valeurs, ici en matière de sexualité, et la déontologie, ensemble des règles morales de la profession qui concerne ici directement la sexologie. Avec la sexualité, nous sommes au cœur du conflit moral entre hédonisme et ascétisme. En cela l’éthique personnelle interfère dans les attitudes thérapeutiques et au premier chef dans les deux premiers niveaux de l’intervention en sexologie que sont l’éducation et le conseil. Le souci normalisateur puis la tendance à un hédonisme forcené et à ce que certains ont pu appeler la « tyrannie de l’orgasme », jalonnent l’histoire de la sexologie.

En première conclusion…

Nous faisons partie d’une machinerie donc, toute vouée à une connaissance et à une gestion de la sexualité, car l’enjeu est bien de “tenir” ce possible conflit entre une “pulsion sexuelle qui n’en fait qu’à sa tête” et les exigences de l’ordre social et de la santé publique; le système sanitaire et social se retrouve, dans son entier, mobilisé par cette fonction d’accompagnement, voir de contrôle : informer, prévenir, protéger, interdire, soigner, contenir, savoir.

En conclusion décalée…

Qu’est-ce que l’amour ? Platon, dans Le Banquet : L’amour est désir, et le désir est manque. « Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour. » Aristote : « Aimer, c’est se réjouir », idée que reprendra Spinoza, quelques vingt siècles plus tard. « L’amour est une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure » Autrement dit, aimer c’est se « réjouir de ». Si quelqu’un vous dit « je t’aime », mais s’avère être platonicien, son « je t’aime » signifie en vérité « tu me manques, je te veux ». Donc il demande tout, puisqu’il vous demande vous-même. Alors que si quelqu’un vous dit : « je t’aime » en un sens spinoziste, cela veut dire : « tu es la cause de ma joie, je me réjouis à l’idée que tu existes ». Il ne demande rien puisque votre existence suffit à le convaincre et à le satisfaire.
Un dernier mot…« Le verbe "aimer" est le plus compliqué de la langue…son passé n'est jamais simple, son présent n'est qu'imparfait et son futur toujours conditionnel». Jean Cocteau

(*) Intervention au 9ème Congrès Marocain de Sexologie - Casablanca - septembre 2005.

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